Au-delà du Farghestan

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En vespa sur les routes d’Asie

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A Bénares

Bénares, le 17 novembre, km 27 050

Je suis arrivé à Bénares en milieu d’après-midi par une belle journée. Je prends un hôtel à Asi Ghat, au bord du Gange, à la lisière de la promenade sainte le long du fleuve. Le temps de m’installer et de me décrasser le visage, je pars découvrir la ville en commençant par ses ghats.

Entre la ville et le fleuve, il y a des volées de marches continues pour parcourir le dénivelé important qui protège la ville du fleuve impétueux. En ce moment, le fleuve est bien bas, il se retire souvent au-delà des dernières marches découvrant des bans de vases. Je vois les marques des crues sur les bâtiments, celle de 1978 recouvrait toutes les marches et venaient lécher le pieds des immeubles en front de fleuve. Les ghats sont ces marches, certains sont très sacrés pour les hindous, d’autres servent aux blanchisseuses, d’autres comme lieu de baignade pour les musulmans, etc…

A cet heure le soleil est déjà bas et la lumière devient vespérale. Il y a beaucoup de promeneurs, les pêcheurs recousent leur filet, les enfants jouent au cerf-volant. Entre ce spectacle, l’odeur de la vase découverte, le cri des mouettes et le passage des barques, j’ai l’impression d’être en bord de mer, le long des quais.

Et puis soudain, je me retrouve face à un bûcher, une crémation. A côté, un second bûcher est allumé par un proche du défunt vêtu d’un dothi blanc, le crâne rasé. Un dom,  de la caste intouchable responsable de l’organisation de la crémation, me raconte la crémation en mâchant son pan, dans la fumée des bûchers. Il ne m’apprend rien de plus que le guide mais reste un peu hypnotisé par cette macabre cérémonie publique. On est en pleine ville, sur les terrasses en surplomb, on joue, on discute. Les crémations se font à même la vase entouré de détritus, les chiens courent autour. Impossible de discerner la famille des badauds parmi les spectateurs.

A bien y réfléchir, je me dis que cette cérémonie est sans doute une belle chose. Loin du désir de notre société de cacher la mort, ici elle est visible au cœur de la ville (avant d’être placé sur le bucher, le cadavre traverse la ville puis est baigné dans le Gange). La cérémonie très ritualisée canalise le deuil. Les pleurs sont interdits (c’est pour ça que les femmes n’ont pas le droit d’assister à la cérémonie). Et tout cela n’a finalement rien de morbide, rien à voir avec la scène vraiment horrible que je verrai le lendemain.

Et puis si Bénares est connu pour ses crémations, le spectacle du bord du Gange n’est pas là. Il est bien davantage dans l’incroyable vie qui s’y déroule et évolue au fil de la journée. Bain rituel et bain publique, sadhus et spectacle d’écoles, manifestants et touristes, … Toute cette société est dominée par une étrange architecture faite de vieux palais plus ou moins décatis qui ont été surélevés, agrandis, prolongés de la plus étrange des façons.

Derrière ce rideau de construction, c’est une formidable ville ancienne. J’y découvre que je commence à vraiment bien apprécier ce pays. Il faut réussir à négocier le passage dans les étroites allées encombrées de vaches sans se faire encorner. La pluie intermittente des derniers jours a couvert les pavés disjoints d’une boue bouseuse glissante. A chaque coin de rue des temples ou des oratoires dont on entend les cloches sonner. Le tout est parcouru par les écoliers en uniforme impeccable. Au cœur de la vieille ville, la tension est palpable autour du temple d’or, caché depuis la rue et interdit au non-hindou. Je ne devine le temple qu’en voyant la densité de policiers et de militaires grimper. Ils sont armés de fusils d’assaut (alors que les policiers n’ont ici en général qu’un bâton). On craint les menées d’extrémistes hindous ? Musulmans ? Je ne sais pas…

Le soir, après la pluie, sur les quais, dans la brise nocturne, la ville dessine le croissant d’une vaste baie. Je retrouve ici le contraste des villes portuaires où le dédale de ruelles étroites, sans perspectives ou débouchés s’ouvrent soudain, d’un seul coup, sans qu’on s’y attende sur un horizon dégagé et sauvage. Bénarés est bien un port pour les âmes en partance.

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Je prends le train pour Delhi ce soir.

7 Responses to “A Bénares”

  1. 1
    beej:

    Superbes tes photos! Mystiques je dirai….Hare rama!

  2. 2
    Xavier Armange:

    Bonjour,

    je partage comme vous une passion pour l’Inde que je connais très bien et Bénarès encore mieux. C’est autant la ville de la vie que celle de la mort, intimement mêlées. Sorti de la grouillance de la ville et de l’ombre animée du chowk, les petits quartiers de la vieille ville, les ghâts sont un lieu hors du temps comme j’en connais peu, avec une architecture aussi sublime que décadente ce qui pourrait être un qualificatif pour l’Inde.
    J’ai publié un gros livre de textes et de photos sur Bénarès avec un extrait de la plus longue photo du monde. Je me permets de vous en envoyer le lien.
    http://xavierarmange.wordpress.com/
    Bonne errance amoureuse.

    Xavier Armange

  3. 3
    Burzock:

    Bin heureusement qu’il y ton blogue pcq ici la vrai nouvelle du jour c que la France est qualifié pour la coupe du monde ….
    Comme j’aimerais êtres avec toi !!!!

  4. 4
    L'enclume:

    Ce que je vois, c’est que la grisaille à Paris, c’est rien a cote de Benares. On est quand meme mieux ici.

  5. 5
    Rod:

    bel article, de quoi parles-tu ? : “rien à voir avec la scène vraiment horrible que je verrai le lendemain”.

  6. 6
    carole:

    photo 32.. les restes du bleu ?.;)..
    En un seul post on vient de vivre 1000 facettes de l’Inde à tes cotés!!
    et bien sur 1000 questions à te poser pr en connaitre plus… !! ;).. trop court en un commentaire.. Bonne convalescence au bleu..!! & n’oublie pas qu’il est rémission.. avt sa prochaine intervention!! ;o)

  7. 7
    JYP:

    Pour Rod et et lecteurs pqs trop sensibles.

    Tout les hindous ne sont pas incineres a Benares. 9 categories sont exemptes : les sadhus, les femmes eneintes, les lepreux qui ont perdu plus de deux membres (sic), et d’autres aue j’ai oublie mais qui sont consideres comme pur a leur mort et n’ont donc pas besoin d’etre purifie par le feu.

    Ces Purs sont plonges au milieu du Gange, lestes d’une pierre. Mais les lois de la decomposition sont ce qu’elles sont, meme pour les purs. Ils arrivent que tout ou partie du cadavre se detache de la pierre et fasse surface pour s’echouer sur les berges. Il faut alors remorquer le corps gonfle par un sejour prolonge dans l’eau (par exemple en l’accrochant par le poignet). A voir c’est bien trash, surtout sans mise en garde et qu’on se demande qu’est ce que c’est qui flotte derriere la barque - il manquait les membres inferieurs et une partie du tronc.

    Sur ce…

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