Au-delà du Farghestan

Au-delà du Farghestan

En vespa sur les routes d’Asie

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A quelle heure ?

Je sens bien que dans tout Paris et bien au-delà la tension monte pour le grand rendez-vous de demain soir que personne ne veut rater.

Selon toute vraisemblance, j’arriverai entre 19h30 et 20h00, sans doute vers 19h47. Les pressés du gosier peuvent arriver plus tôt pour avoir des cacahouètes bien fraiches, le bar ouvre à 18h00 (ne venez pas trop tôt donc, je m’en voudrez que vous attrapiez froid en attendant l’ouverture dans la rue par ce froid glacial). De plus je ne pense pas que l’affluence nécessite que vous campiez dès ce soir devant le bar pur être sur d’y rentrer.

Je tolérerai avec grand plaisir les arrivées à toute heure, furent elles tardives. Mais n’oubliez pas que - à moins que la Préfecture de Police n’ait connu une sacré épiphanie - les bars doivent tirer le rideau avant 2h, ce qui sera sans doute bien suffisant pour un soir de semaine. Il est possible que le bar se vide bien avant, la France se levant désormais tôt. Il ne faut donc pas non plus arriver trop tard.

A demain soir,

JY

Mon guide des meilleurs hôtels et auberges de la route de la soie !

Je devrais évidemment parler d’abord des maisons où j’ai été invité mais je l’ai déjà raconté, regardons plutôt les hôtels et auberges !

Mon best-of est totalement partial puisque dans mon jugement d’un hôtel, les rencontres que j’ai pu y faire, le plaisir à profiter des environs et même la cuisine qui y est servie comptent finalement davantage que le moelleux du matelas. Ce sont les lieux où j’ai trouvé qu’il faisait bon de rester, souvent malgré les rudesses du climat. Je n’y ai parfois dormi qu’une journée à regret ou au contraire m’y suis éternisé plus d’une semaine.

La palme du meilleur hôtel revient facilement à Shigar Fort Residence, le seul 4* de mon parcours. Un château médiéval fait de pierre et de bois, en altitude, somptueusement restauré entouré d’un grand parc avec un excellent restaurant, difficile de faire mieux, surtout que vu l’état du tourisme au Pakistan, les prix étaient bien plus que négociables.

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Rubha Reidh Lighthouse en Ecosse
Un phare, à l’extrémité d’un promontoire, face à l’océan, transformé en auberge.
Le lieu est fantastique, l’accueil très agréable et la grande véranda où se prennent les repas formidable.

Rubha Reidh

Chillton Hostel à Belgrade
Ma dernière auberge de jeunesse aux standards européens. Endroit charmant avec tous les services qu’on souhaite y trouver plus le café turc offert. Le tôlier connait tout de cette ville passionnante.

Mavi Guest House à Istanbul
J’y ai passé du temps. Le lieu n’est pas ‘cozy’ ni très confortable mais j’y est fait de très bonnes rencontres et le patron est une très chouette personne. Et puis il n’y a pas moins cher à Istanbul.

Silk Road Hotel à Yazd
Un haveli transformé en hôtel. J’en ai entendu parlé pour la première fois à Antalya et j’ai continué à en parler en Inde. Pour de nombreuses personnes c’est leur meilleur étape de toute la route de la soie. La cuisine est très bonne et le lieu enchanteur.

Vali’s Non Smoking Homestay à Mashad
Où voudriez-vous faire sinon l’indispensable connaissance de Crazy Vali ? Il est incontestablement le plus incroyable hôtelier de mon parcours. J’ai du mal à parler de l’Iran sans parler de Vali.

Sakura Guest House à Bishkek
Surtout pour les douches, la meilleure plomberie de toute l’Asie Centrale ex-soviétique, au standard européen, un confort inespéré après quelque temps à enchainer les anciens hôtels intourist avec les yourtes et les toilettes kirghiz style…

Glacier Breeze Restaurant à Passu
Ce n’est pas à proprement parlé un hôtel mais un camping-restaurant. Après des semaines de shashliks et de divers ragouts de moutons mangés par terre ou sur des douteux coins de table, je me suis retrouvé assis de belles tables, avec de la musique de qualité, des chaises à dossier molletonné, cuisine excellente et variée (le grand retour des fruits et des légumes) et puis surtout mesdames, messieurs la vue du restaurant !

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A imaginer moduler en permanence par la lumière, la météo…

Regale Internet Inn à Lahore
Un des lieux dont j’ai eu le plus de mal à m’extraire malgré son réel inconfort (l’absence de clim à Lahore c’est déjà un inconfort à peine supportable). Le patron est là aussi un homme passionnant d’incroyables ressources qui organise, dès qu’il y a un peu de monde, moult concerts gratuits. Et puis surtout, il y a, presqu’au pied de l’hôtel un excellent glacier, idéal pour faire baisser la température quand les ventilateurs sont arrêtés par les habituelles coupures d’électricité.

Et le pire hôtel ?

Dur, dur, il y en a eu beaucoup, des hôtels minables, je dois le dire. Une chambre étroite, du bruit en permanence, des relents nauséabonds qui proviennent d’une salle de bain où il est bien désagréable d’entrer – tout faire pour ne pas avoir à y mettre les pieds - et une literie sur laquelle toute la nuit on s’interroge – suis-je en train de me faire dévorer par des punaises ? La réponse n’est pas toujours négative…

Pour cela, voyager avec ma tente a souvent été une bénédiction. Avec ma vespa on s’est souvent retrouvé bien éloigné des routes touristiques dans des pays qui ne l’était déjà pas beaucoup. Les hôtels pas chers sont alors rare et vraiment minable, les hôtels plus chers souvent du même acabit…

Et je dois même dire que dans mes meilleurs soirées les bivouacs sont bien classés. Le plus magique fut sans doute celui à la lisière d’une forêt au Nagorno-Karabagh. J’ai campé à la limite d’un champ dont les blés était vert. Là-bas, pas de désherbant, le vert tendre du champ était émaillé du rouge timide des coquelicots et d’une myriade de jaune set de bleus de fleurs des champs. Dans la forêt, j’ai trouvé une source et beaucoup de bois pour un bon feu de camp. N’ayant pas prévu de camper (je fuyais la morosité de la capitale, Stepanakert), je me suis retrouvé le ventre vide, j’ai regardé, le coucher de soleil, rendu flamboyant par un grain récent puis les étoiles.

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Le 21 janvier, il y a à peine plus d’une semaine, un très important glissement de terrain a bloqué la rivière Hunza formant un important lac de barrage qui noie le Gojal (Passu est sous les eaux, si j’ai bien compris) et menace, s’il se rompt brutalement d’emporter tout le Hunza avec lui.

Les belles terres fertiles que j’ai admirées, miracle de la pugnacité de ces hommes, sont sous les eaux ou menacées d’être dévastées. La KKH est bloquée pour 6 mois, l’aide humanitaire parvient par avion. Pauvres Pakistanais qui n’avaient déjà pas assez de problèmes comme ça.

http://pamirtimes.net/page/2/?s=hunza&searchbutton=Go!
http://blankonthemap.free.fr/

Toi aussi, cher lecteur, tu veux partir ?

Je reçois régulièrement en ce moment des mails de personne me demandant conseil pour leur projet de voyage.

Tu l’as compris, cher lecteur, mon premier conseil est : pars ! Baudelaire avait tort…

J’ai passé de longs mois à préparer mon départ, voici quelques conseils pratiques.

Il ne faut tout d’abord pas que tu lésines cher impétrant voyageur, sur les lectures qui font rêver d’un ailleurs mirifiques et des joies du nomadisme. Je me suis intoxiqué de Bouvier, Maillart, Flemming, London, Conrad, Magris, Olivier et de bien d’autres, de la traversée de l’Afrique par les Poussin, des aventures de McGregor en Sibérie et je ne te parle pas des récits de marins. A côté de cela, il y a les blogs des voyageurs contemporains. Lorsque j’ai préparé et entretenu mon blog, j’ai beaucoup pensé au plaisir que j’avais eu à lire de nombreux récits et à en regarder les photos et à tout ce que j’y avais appris. On y trouve tout : les détails pratiques comme les descriptions (avec photo) de tous ces coins de la planète dont on avait jamais entendu parler auparavant.

Par exemple, le blog de Vincent Danna m’a été d’une aide décisive. C’est bien simple, pour les assurances, la santé, l’équipement, etc : j’ai fait comme il disait.

Les blogs sont périssables, pour les informations les plus récentes (sur les visas en particulier), le meilleur se trouve sur les forums. Les forums du routard ou voyage-forum pour les francophones, ou, plus complet encore et beaucoup plus réactif, Thorn Tree, le forum du Lonely Planet et surtout l’indispensable Horizons Unlimited que toute personne envisageant un voyage en deux ou quatre roues doit parcourir dans tous les sens. Mon passage en Chine m’aurait sans doute coûté bien plus cher n’eussé-je rencontré ma sympathique bande d’anglais. Un post sur le forum pour savoir qui passait du Kirghizstan en Chine courant juillet 2009 (nous étions alors en novembre 2008), quelques échanges de mail pour constituer l’équipe et choisir l’agence chinoise, puis des nouvelles données au fil de route, l’équipe étant parti en ordre dispersé d’Europe et une rencontre en chair et en os, impromptu, sur un trottoir de Karakol pour l’un, de Naryn pour l’autre et devant une yourte pour les derniers. Et on a du mal à se séparer au Pakistan.

Encore un conseil : expérimenter son projet. Même avec une vespa, il existe bien des façons de voyager et pas une n’est meilleure que les autres. Mon voyage, celui de Barnabella et son tour de l’Europe en deux ans, ou encore celui de Beppe qui m’a doublé à la vitesse d’un boulet de canon dans son périple trans-asiatique. Il y a aussi ces italiens qui avait réussi un aller-retour en Iran pendant leurs vacances d’été ou encore ce projet fou de vespa à travers la terre de feu . Pour ma part, mes trois voyages de quelques semaines en Europe ont défini comment je voulais voyager.

Et combien ça coute ce rêve ?

Pour la première fois en ligne (je pas sur, mais je n’ai jamais vu de budget réalisé avant de partir), cher lecteur, tu vas voir toutes les fortunes que j’ai dépensé. Tu vas voir aussi que derrière le voyageur que je suis se cache un boutiquier qui a tout rentré dans son petit carnet… Des comptes ronds, à l’euro près.

Évidemment aucun bilan ne pourra inclure l’aide matérielle apportée par mes sponsors, les efforts dépensés par les amis et la famille pour me faire parvenir au bout du monde les pièces dont j’avais besoin. Et puis surtout, Burzock Développement et son soutien continu de la genèse à la conclusion du voyage. Pour eux, ce sera des tombereaux de remerciements !

Avant le départ

En route

Visa

396 €

605 €

1 001 €

Equipement

531 €

123 €

654 €

Vespa – préparation

0 €

Vespa – entretien

63 €

63 €

Vespa - rapatriement

502 €

502 €

Vespa – pièces

133 €

166 €

299 €

Assurance

428 €

174 €

602 €

Avion

791 €

791 €

Essence

916 €

916 €

Vie

5 524 €

5 524 €

Santé

100 €

100 €

Guideset cartes

368 €

24 €

392 €

Communication

164 €

95 €

259 €

Galère

300 €

300 €

Total

3 827 €

7 576 €

11 403 €

Soit au final un budget somme toute bien raisonnable, pas besoin d’être milliardaire pour partir en grandes vacances !

Voyons un peu le détail par postes :

Visa
Les gros morceaux sont le Carnet de Passage en Douane (le passeport de la vespa pour lequel j’ai versé 210 € à l’Automobile Club de France, vu qu’ils sont logé place de la Concorde je comprends leur besoin d’euro frais.
Le second gros morceaux est le passage en Chine qui m’a coûté 368 € en frais administratif (visa et tout ce que nous a facturé l’agence qui était de loin la moins chère de celle que nous avions consulté), plus de 50 € par jour sur place… Les visas coutent en moyenne 45 € par pays soit dix fois moins que ce que dépensent les ressortissants de ces pays pour obtenir un visa Schengen.

Equipement
Deux grandes surfaces parisiennes se sont partagés l’essentiel de ce budget : le BHV pour les outils, Burzock a été intraitable sur ma trousse à outils, tout ce qui était un peu tordu ou pourri devait être remplacé par du neuf en FACOM de préférence et Décathlon. Il faut rajouter mon gros sac étanche et mon sac à dos acheté à Bichkek.
Sans l’aide considérable de Tucano Urbano ce budget aurait sans doute plus que doublé. Je reviendrai en détail prochainement sur mon équipement mais d’ores et déjà : MERCI TUCANO !

Préparation de la vespa
Merci Burzock Développement !!!!!!! Et puis aussi : Merci Vinz et le 333 !!
En été 2008, cette vespa était complétement démontée en pièces détachés dans un box…. Et ce ne sont pas mes mains maladroites qui auraient permis à ce tas de tôle d’atteindre l’Inde !

Entretien de la vespa
No comment – j’ai fait moi même en général (avec le succès variable que l’on sait…)

Pièces détachés
Il ne reste que le reliquat qu’il était plus simple ou indispensable que j’achète plutôt que de me le faire envoyer par Scooter Center. Merci beaucoup à Scooter Center et aussi à toutes les mules qui sont venus me voir avec le sac à dos lesté de tambours, amortos, stator et autres surprises…

Rapatriement de la vespa
J’ai longuement détaillé les frais ici. Il faut y rajouter les frais du Havre qui ne sont ni occultes ni négociables mais tout aussi élevé que les fris de Bombay. Seulement 3% du montant est lié au transport, le reste à la manutention, les intermédiaires, etc…

Assurances
J’ai suivi à la lettre les recommandations de Vincent Danna, assurance rapatriement chez Fidelia, responsabilité civile chez Expat Care, une mutuelle en France (en cas de pépin, l’assurance rapatriement ne prend en charge que le transport et pas les frais médicaux en France. Une fois rapatrié, les frais d’hospitalisation sont remboursés par la couverture santé de l’assuré. S’il n’a pas de mutuelle, il est au tarif général de la sécurité sociale).
J’ai renouvelé mon assurance en France (Mascotte Assurance, à Vénasque, les meilleurs). J’ai pris une assurance au tiers en Turquie (on m’a obligé) et jamais ailleurs.

Avions
Il y a là trois billets à des prix équivalent : le ferry Amsterdam-Newcastle (normal dans le poste avion), les vols Bombay-Colombo et Colombo-Paris

Vie
C’est tout ce qui ne rentre dans aucun des autres budgets. Essentiellement l’hébergement et la nourriture. C’est le plus facilement compressible. Il varie naturellement beaucoup selon les pays, il tombe à partir de l’Iran avec un point bas au Pakistan où la vie n’est vraiment pas chère, moins de 10 € par jour pour mois alors que je suis descendu dans un palace et que j’étais abonnés aux restaurants chics (et climatisés) d’Islamabad et de Lahore.
Je ne me suis jamais mis de grosses contraintes en étant en général plutôt frugal, j’ai dépensé notablement plus que nombre de voyageurs que j’ai croisés ; on est douillet ou on ne l’est pas ! La tente permet de réduire énormément ce budget, tout comme de se faire la tambouille (ce qui n’était pas mon cas).

Essence
Là aussi les prix varient beaucoup. Autour de 1 €/L en Europe, 1,5 € en Turquie, entre 0,5€ et 1€ ailleurs, sauf en Iran où l’étranger doit payer cinq fois plus que les habitants soit un exhorbitant 0,2€/L. Quant à ma consommation, vous ai-je dit que le vrai nom du Bleu est boit-sans-soif ? On était loin des 2,3 l au 100 annoncé par Piaggio !

Medicaments
J’ai acheté un stock de médicaments à Paris et j’ai vécu dessus (à part les antibiotiques gastriques). Le gros du budget fut les vaccins.
En terme de santé, je n’ai pas trop souffert. Au Pakistan et en Inde, j’ai du régulièrement mettre en œuvre le cocktail Imodium + Nifuroxadine pour vaincre les sévères touristas. J’ai épuisé et renouvelé mon Paracetamol avec ma dengue.
J’ai également bien utilisé pansements, compresses et antiseptiques.

Guide et cartes
J’avais en général deux guides par pays. Le Lonely Planet et un guide plus culturel. Le Lonely Planet est pour moi sans conteste le meilleur des guides généralistes (je n’ai pas essayé le Rough Guide, souvent apprécié). Parmi ses nombreux avantages figurent la fréquence de renouvellement et le nombre de plans de ville (même s’ils sont souvent un peu approximatif). Le Guide du Routard ne peut pas rivaliser sur ces destinations lointaines et peu courues. L’inconvénient du LP est son succès. Ce n’en était pas vraiment un dans les pays peu touristiques où les « adresses Lonely » me permettait de sortir un peu de mon immersion culturelle souvent muette.

En terme de cartes, je n’ai pas été satisfait de celles que j’avais, souvent très incorrectes. Les cartes du World Mapping Project édité par le Rough Guide ou Reise Know How me semblent plus satisfaisante. Des erreurs aussi mais un graphisme bien meilleur et un excellent papier.

Communication

Ce poste correspond essentiellement à mes frais de com : les cartes de visite, le site internet et des bricoles. Je voulais un site sans pub.

Mes cartes de visite en quadrichromie dessiné avec un goût exquis ont été une excellente idée. Le truc parfait à donner.

Galère

300 € pour un nid de poule sur la route de Bénares !

Je dois dire également que le budget dépensé a été nettement inférieure à mes prévisions, bonne nouvelle ! J’ai aussi un poste recette grâce à mes contributions à Scootering. Je ne sais pas trop où j’en suis à ce sujet.

Donc cher lecteur, si tu veux partir : économise un peu, cela te laisse le temps de bouquiner et préparer ton voyage et puis pars !

Le nouveau Génie des SteppesTurkmènes, le petit père du peuple, Gurbanguly Berdymuhamedov,effectue la semaine prochaine une visite en France. Vous n’en avez pas entendu parler ? Etrange, comme c’est étrange…

A rebrousse-chemin

Paris, le 27 janvier

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Ce matin, le soleil s’est levé à bord lorsque nous survolions les Monts Zagros, au-dessus de l’Iran. Les doigts de rose de l’aurore caressaient les sommets enneigés des montagnes. Nuit et brume dans les vallées. Je revois dans le hublot les montagnes du kurdistan iranien escaladés avec Gaël début juin, à deux sur le Bleu. Quelques minutes plus tard, le jour s’éclaircit, nous survolons le lac de Van en Turquie. Tout est blanc, c’était le printemps lorsque j’étais passé par là. Les montagnes étaient d’un vert éclatant et seul leurs sommets étaient encore blanc.

Sur le fond de la photo, on voit la ville de Tatvan où j’avais passé la nuit du 18 mai après la rupture de mon amortisseur avant, la première panne du voyage. On voit devant le somptueux cratère du Nemrut Dagi.
Il est bien émouvant de rebrousser chemin à cette vitesse.

Quelques heures plus tard, nous survolons le Danube pour rejoindre rapidement l’Allemagne, je me souviens de ma longue descente du fleuve et puis c’est l’atterrissage à Paris.

Mais ce n’est pas fini, pas encore !

La FAQ du retour

Où tu découvriras, cher lecteur, que l’usage d’un blog ne pas seulement rendu narcissique mais également schizophrène. Voici mon auto-apologie sous la forme d’une auto-interview, on ne peut plus complaisante (regarde seulement la première question, quel scandale !).

Quel beau voyage, hein ?

Il est sans doute bien trop tôt pour que je sois seulement conscient, a fortiori que je l’exprime, de ce que m’ont appris ces neuf mois on the road sur moi-même, sur la vie, tout ça…. Alors je ne vais pas commencer sur cette pente même si d’avoir mis un point final à mon aventure me porte vers un certain lyrisme que je vais tenter de ne pas épancher ici. J’en ai pris plein les mirettes, c’était formidable, tout cela je l’ai traduit j’espère sur le blog au fur et à mesure.

Certains me reprochent de n’avoir cherché qu’à me fondre dans les traces des voyageurs qui m’ont précédé et qui m’ont fait rêvé, de chercher à devenir une réincarnation de Tintin et de Monfreid…

C’est en grande partie vrai, je n’ai pas choisi ma route au hasard, c’est la route de mes rêves forgées par toutes mes lectures. J’ai d’ailleurs mené un permanent aller-retour entre les livres que je lisais et la réalité que je découvrais. Ce fut un des grands plaisirs de ces mois de libertés que de disposer d’autant de temps que je voulais pour lire et lire et lire… La seule difficulté étant de se fournir en matière première. J’ai toute un bibliographie sous le coude (en réalité bien dispersé à ce jour) sur les pays que j’ai traversé et leur histoire, si cela vous intéresse.

Je ne me suis jamais lassé de cette plongée dans de nouveaux univers culturels, des voyages temporels permis par la découverte in situ de l’histoire. Et puis surtout ce fut les rencontres, la découverte de sociétés et de leur dynamique qui m’a captivé. Mais j’enchaine les platitudes évidentes, vous avez été un lecteur assidu du blog et vous savez déjà tout cela… Il y a aussi le temps qui s’écoule si différemment quand disparaît la monotonie du quotidien et qu’il n’y a pas plus d’échéances ou de rendez-vous. Il y a ce plaisir d’être la tête à l’air en permanence, du lever au coucher du soleil, de voir défiler les climats. Non vraiment c’était présomptueux de ma part de me lancer dans un bilan…

Ce que m’a appris mon voyage c’est aussi que prendre le large pour quelques lunes, un baluchon sur l’épaule, c’est non seulement un rêve que nous sommes nombreux à partager, mais c’est possible. C’est aussi extraordinairement épanouissant, mieux qu’en rêve, je dirai. J’en ai croisé de nombreux des voyageurs plus ou moins au long cours, qui à pied, en moto, en camion ou dieu sait quoi, et je n’ai jamais entendu de regret d’avoir largué les amarres, pour des voyages à chaque fois différent. Évidemment, possible ne veut pas dire facile, comme le disait Jacques Brel en 71 (et une dédicace à Vaquette) :

Il est urgent de ne pas être prudent. Ce qu’il y a de plus dur pour un homme qui habiterait Vilvorde, et qui veut aller vivre à Hong Kong, c’est pas d’aller à Hong Kong, c’est de quitter Vilvorde. C’est ça qui est difficile. Parce qu’après Hong Kong, tout s’arrange. Il suffit d’avoir une santé et une folie et puis… Hong Kong est à la portée de tout le monde. Mais quitter Vilvorde, ça c’est dur…
Je connais un million de types qui vont écrire un livre. T’es bien d’accord. Oh, j’en connais… moi j’en ai rencontré un million dans ma vie. Des types qui disent : “Alors tu sais , encore deux ans… je vends des bretelles encore deux ans, hein, tu vois,… mais alors, en 73, j’écris un livre”.
Et puis un jour on les rencontre en 73, et ils diront : ” Moi, je continue à vendre des cornichons, tu vois. Je vis avec mes cornichons. J’ai une femme, j’ai deux enfants, j’ai un chat, j’ai une petite amie, ma voiture est vieille, je vends des cornichons jusqu’en 75 et en 75 j’écris un livre”. Le livre étant le symbole de ça. Moi, je crois que, bretelles ou cornichons… quand on a envie de faire un truc, il faut plonger comme un fou, il faut le faire, quitte à se tromper. Je préfère me tromper, je préfère plonger moi, et je plonge. Qu’est-ce que ce sera ? Mystère et boule de gomme, hein.

Et tu sais pourquoi les gens ne font pas de chansons et tu sais pourquoi les gens ne chantent pas et tu sais pourquoi les gens n’écrivent pas de livres ? Parce qu’ils font autre chose à la place. Ce n’est que ça. La difficulté pour aller de Vilvorde à Hong Kong, c’est pas d’aller de Bruxelles à Hong Kong, c’est d’aller de Vilvorde à Bruxelles. C’est ça la difficulté.

Bien prétentieux de ma part que de placer mon voyage dans cette lignée n’est ce pas ; j’en rougis devant mon écran. Mon voyage est une simple bagatelle qui ne m’a pas vraiment demandé de sacrifice ou de prise de risque. C’est surtout que j’adore cette citation et que de retour après avoir vu combien cela était épanouissant, j’ai envie d’encourager toutes celles et ceux qui souhaitent prendre du champ voire en prendre la clé…

Mais en Vespa vraiment… Ce Bleu, on en parle beaucoup, mais ça a été un sacré boulet quand même !

Tout d’abord pas de critique dans cette interview hagiographique ! Je reviens plus largement sur mes problèmes mécaniques ici (bon c’est en anglais de vache espagnole, d’accord, j’essaierai de traduire en vrai français). Ce n’était pas mon premier voyage en vespa et j’ai toujours su que les pannes seraient au rendez-vous. « Le voyage en Vespa, c’est l’aventure au coin de la rue » m’a appris Barnabella !

J’aurais presque envie, monsieur l’auto-journaliste de vous renvoyer vers mon premier billet tant mon voyage m’a confirmé dans mon point de vue. Si vous voulez, je trouve que la facilité pratique et pécuniaire avec laquelle on atteint aujourd’hui les antipodes a étouffé le rêve de l’aventure exotique recherché lors d’un voyage dans ces contrées lointaines, il est indispensable de rendre le trajet moins évident que l’obtention d’une carte d’embarquement contre un billet électronique, de réenchanter le déplacement.

Je n’ai pas parlé sur mon blog d’une formidable rencontre que j’ai faite à Antalia, au début de mon voyage.. Un jeune couple français, ariégeois d’adoption, qui revenait en Europe après plus d’un ans de pérégrination à travers l’Asie. De tous les voyageurs improbables que j’ai croisées sur ces routes d’Asie, ce sont eux qui, selon moi, ont effectué le plus beau voyage. Ils sont partis avec leurs deux chiens à travers la Russie et la Sibérie jusqu’en Mongolie d’où ils sont revenus vers l’Asie Centrale, l’Iran et la Turquie, se laissant porter par leur rencontres, effectuant de longues marches de plusieurs semaines, les chiens les aidant pour le portage et pour trouver l’eau, avec de longues pauses lorsque les rencontres les y invitaient. J’ai vu leurs photos et écouté leurs récits d’une semaine de camping sauvage au bout du lac Baïkal, de la traversée sous une tempête de glace des montagnes de l’Altaï aux confins de la Mongolie et du Kazakhstan, de leur hivernage au Kirghizstan en plein hiver, de leur printemps iranien passé dans une oasis du Dasht-e-Lut ; de quoi donner envie de prendre le large au plus sédentaire !

Bien sur il y a aussi l’importance d’être autonome, de pouvoir aller où bon me semble et m’arrêter selon mon désir, avoir son propre véhicule c’est avoir cette autonomie. Je me rends compte ici au Sri Lanka avec notre voiture de location, c’est tellement mieux de découvrir ainsi un pays, une campagne, les paysages. Mais la vespa c’est encore autre chose. C’est la porte ouverte vers d’improbables rebondissements quotidiens, c’est l’assurance qu’aucun projet ne sera accompli tel qu’imaginé.

Et vous n’avez pas eu peur chez les sauvages ? Sont ils encore cannibales ?

La sécurité n’a vraiment pas été mon problème. Je crois qu’au fil de ces mois d’errance, on m’a volé deux sandows que j’avais vraiment laissé trainer sur ma vespa. Sans doute des enfant ont-ils trouvé là un jouet bien meilleur que ceux qu’ils avaient eus jusque là. A part ça j’ai toujours laissé mon sac sur mon scoot quand je m’arrêtais quelque part pour dix minutes ou quelques heures et rien n’y a jamais été subtilisé. J’oubliais souvent ici où là un guide, mon téléphone, mon portefeuille qu’on me gardait ou me rapportait… J’ai progressivement arrêté d’attacher mon scooter la nuit et de mettre le neumann, il va falloir que je me réhabitue à la jungle parisienne.

En revanche les cannibales n’ont pas disparus, ils se sont modernisés. Ce sont ces régimes saturniens qui dévorent leurs enfants. Depuis l’Arménie jusqu’à l’Inde, j’ai vu une succession de divers genres de dictatures et cela est plus qu’attristant que ce soit en Asie Centrale où l’apathie complète succède à des décennies d’oppression ou en Iran où au Xin-Jiang où j’ai vu la machine répressive en marche et c’est bien effrayant. Quant au Pakistan, c’est un régime malade qui bascule dans le néant entrainant avec lui un peuple formidable.

Voilà de quoi se rappeler le confort et la chance de vivre dans notre doux pays. Mais on m’a fait promettre de ne pas devenir moraliste en rentrant, alors je n’insiste pas.

Et 10 mois tout seul, vous ne vous sentez pas comme un Yvan Collona perdu à jamais dans le maquis ?

Ben si… Me voilà narcisso-schyzophrène avec des chevilles qui ont triplé de volume de ce que j’ai accompli.

Mis à part les troubles psychologiques sus-mentionnés, la solitude ne m’a pas vraiment pesé. Il y a eu le blog d’abord, puisque nous y sommes. Cela a été un grand plaisir de partager mon quotidien et mes découvertes avec tous les lecteurs proches ou inconnus. Grâce à mon notebook j’ai pu, quand je le voulais (comme en ce moment, au milieu de la jungle cingalaise), mettre en forme mes idées triller mes photos et préparer mes articles, pour après les partager avec mes lecteurs.

Et puis il y a eu les amis et la famille qui sont régulièrement passés me voir pour en général me sauver la mise en arrivant avec un stock de pièces de vespa. Le challenge était toujours de trouver comment voyager de conserve avec une vespa. On a tout essayé, ce fut fameux.

Enfin, j’ai découvert comment il était facile d’effectuer en voyage de chaleureuse rencontres. Nombreux sont ceux, voyageurs ou sédentaires, avec qui j’espère garder contact. Il y eu sans cesse ce problème d’incompréhension linguistique. Que n’ai-je regretter les temps d’avant-Babel ! Il eut fallu que je maitrise le turc, le farsi et le russe pour enrichir mes relations…

Alors c’est vous le nouveau Bob Morane ?

Je ne sais pas si j’ai tellement changé… Plus bronzé, c’est sur. Ce seront les mois suivants qui me le diront !

Et quelle sera la suite de vos aventures ?

Quelle idée de me poser des questions auxquelles je n’ai pas le début de réponses !

Et qu’on ne se dise pas que je m’ennuie ici, voici de quoi vous faire baver de jalousie. Le Sri-Lanka est un pays absolument formidable à visiter, on se régale avec Vincent.

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Bien cher tous !

Mon retour devient pus qu’imminent. Il est temps de mettre fin, cher lecteur, a cette relation virtuelle qui nous lie depuis bientôt 10 mois et de revenir au réel.

Une occasion a ne pas manquer …

Pour écouter un lot d’histoires inédites …

Admirer un incroyable bronzage avant que la grisaille parisienne n’en ait raison …

Autour du demi et des cacahouètes les plus réputés de Paris …

Une occasion de défier l’hiver parisien, la neige et le verglas …

Pour un rendez-vous dont l’élégance hebdomadaire n’est plus a démontrer …

Alors armez vous d’écharpes et cache-nez et venez nombreux …

Le 2 fevrier, au Ne Nous Fachons Pas, 7 rue de Douai dans le 9eme.

J’aurai grand plaisir a retrouver les têtes connues et inconnues qui ont animé ce blog - et venez aussi si vous n’avez pas commenté !

Scootering - January ‘10

The regular readers of my articles know that my journey has been as much about the discovery of the countries I have crossed as about the finding of solutions for the continuous flow of worries, mechanical or administrative I have encountered. It is jumping from a problem to a new one and I have enjoyed these difficulties as they have given, I feel, the salt, the originality and the meaning of my great adventures on a very classic road. But sometimes, it is just too much !

My vespa has spent during this November month in India twenty days at the workshop. First I have been driving without gearbox oil -which is very bad, I know. But I have been lazy in my checks and there has been some damage inside : kick-starter rubber stop and gears have suffered. Only one week after all this has been fixed, in a big pot hole, my rim has hit a rock damaging my brand new shock absorber and, much more problematic, breaking the fixation of it on the crankcase. It is the worst problem I could have thought of. It is not fixable. I manage to have a melding done in a small workshop on the road side but I would not have trusted it for long. I had to change the whole crankcase, almost a new engine. Fortunately, I am India and I know now a good mechanic in Delhi. My new engine is half LML half Piaggio, it costed me some money but it works very good ! Myself , I have been twice seriously sick this month, form the stomach at first, and tropical fever after. So there has not been much of travel this month as you can imagine.

I have nevertheless some good stories for you, dating from October. I have received the visit of a couple of friends from Lyons, Ana and Didus. Didus, as you may remember was already in the crew of the tour around Scotland which started my journey in April 09. This time the project was to tour around Rajahstan during a couple of weeks. A superb journey in the land of kings.

The first objective was to find for Didus and Ana a vehicle for this trip. No question of an Enfield for our Mod couple, it had to be a scooter. We were quite lucky as in no more than one hour exploring the great mechanical bazaar of Karol Bagh, where one can find any parts or accessories for a vespa, we have found someone ready to rent out a Vijay of 1982, the Indian made Lambretta. The scooter condition was in no way perfect but it looked OK and it was protected by two stickers, one of god Shiva and one of god Ganesh who breaks every obstacle. On top of that, touring with a Vespa and a Lambretta-like is the best we could have thought of.

We were ready to enjoy some of the greatest sights of India. We started with the amazing Taj Mahal and other Moghol splendor in Agra and Fathepur Sikri. From there, we ventured into the Rajahstan : Jaïpur, Pushkar, Jodhpur and the Shekawhati. We saw amazing fortress built on impregnable cliffs but designed for the more sophisticated, hard to please and wealthy kings and princes who wanted nothing but pools, fountains, gardens and fine stone carving to enjoy music, dance and poetry. The mix of chivalry and the art of war with the love of art was here incredible and generate palaces that even long after having been abandoned keep the taste of dreams of wonderlands.

Besides, we have been lucky with the timing of the trip. We started in Delhi at Diwali, Indian New Year, the feast of lights and gifts. Actually, we heard much more crackers (some of them really big) than we saw lights, except if considering fireworks. It was a crazy moment in Delhi, even monkeys were roaming around the city, disturbed by the noise. And Delhi, even in a casual day is already very, very noisy !

We arrived in Pushkar at the beginning of the great annual camel fair. This small village at the fringe of the desert, is once a year the place to be for all the camels of Rajahstan. All the sandy hills surrounding the village are covered by thousand of bumpy quadruped carefully combed and painted by their owner hoping for a good deal. With their huge saffron turban and their also impressive dense moustache Rajputs nomads selling their camels are a marvel to look at as they are bargaining and examining the cattle. The camel fair is also the start of the annual pilgrimage to Brahma. We have seen the village progressively overrun by a growing crowd of families and sadhus - the mystic Hindu wandering monks. Once again, what an incredible sight it was !

We were lucky also to be in the Shekhawathi region for the first authorized wedding day since months. The Shekhawathi is a semi desert area famous for the havelis, mansions, rich merchant have built in the XVIIIth and XIXth century before leaving for more profitable trade in Bombay and Calcutta. Small sleepy villages have a load of this decaying splendid dream-like mansions full of romanticism of a golden time. This night, there was a wedding in every corner of street. Music, fireworks, horse parades all evening.

Being on two-wheelers, our tour was not only about sightseeing but also about viewing the countryside, the villages, the activity in the fields. There has been hardly no monsoon this year. Everything is dry and dusty. Farmers with their burned face are working hard on their non-irrigated lots, women are carrying big clay bowl on their head. Life has not changed in the countryside for a long time and the crowds of tourists visiting the area are not much seen in the small village we cross. When we were stopping for a breaking we were quickly surrounded by dozens of villagers, mostly very young attracted by the oddity and novelty of our presence here.

Naturally travelling with two scooters which ages added makes more than 60 years, means having some problems, especially with a scooter you know nothing about. My vespa has had some difficulties, the Vijay was a permanently festival of new problems. If the engine was working good, a lot of bolts were missing or badly screwed. Little by little, the Vijay was dismantling itself, especially the exhaust pipe which fell down, enabling us to make a discreet progress in the countryside. Both our scooters were also having problems with idling. The engine were either stopping or accelerating on its own. Our arrival in cities and the negotiation of huge traffic jam and crazy traffic was always an epic adventure.

Also, the front lights of the Vijay were all out of service. As the night was falling around 5 PM, everyday, the challenge was to reach our destination before sunset. Once, we completely missed the time. Our hotel – a fortress still occupied by the Lord in a remote, small village – was only reachable after miles of single-track roads and unsigned crossings. It was a real expedition to find our way back, to avoid the incoming traffic who doesn’t at all, never ever, break, make space for us or use dipper. We had to jump on the sandy side roads, often getting stuck in the sand and stay close to each other so that Didus could see the sand patches and the pot holes on the road.

This two week tour of Rajahstan has been for me a perfect introduction to this amazingly exotic and different country. We have had glimpse of the cultural, religious and natural diversity of this country. We have seen the life that never stops day and night in big cities as in small villages. We have seen all this youths hanging around everywhere. We have seen all the colourful dress and jewellery carried by men and women. What a country !

Voyage

À Maxime Du Camp.

I

Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L’univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! Que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le cœur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D’autres, l’horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d’une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n’être pas changés en bêtes, ils s’enivrent
D’espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu’un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom !

II

Nous imitons, horreur ! La toupie et la boule
Dans leur valse et leurs bonds ; même dans nos sommeils
La Curiosité nous tourmente et nous roule,
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.

Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n’étant nulle part, peut être n’importe où :
Où l’Homme, dont jamais l’espérance n’est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !

Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ;
Une voix retentit sur le pont : ” Ouvre œil ! ”
Une voix de la hune, ardente et folle, crie :
” Amour… Gloire… Bonheur ! ” Enfer ! C’est un écueil !

Chaque îlot signalé par l’homme de vigie
Est un Eldorado promis par le Destin ;
L’Imagination qui dresse son orgie
Ne trouve qu’un récif aux clartés du matin.

Ô le pauvre amoureux des pays chimériques !
Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
Ce matelot ivrogne, inventeur d’Amériques
Dont le mirage rend le gouffre plus amer ?

Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,
Rêve, le nez en l’air, de brillants paradis ;
Son œil ensorcelé découvre une Capoue
Partout où la chandelle illumine un taudis.

III

Étonnants voyageurs ! Quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d’astres et d’éthers.

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons.

Dites, qu’avez-vous vu ?

IV

” Nous avons vu des astres
Et des flots ; nous avons vu des sables aussi ;
Et, malgré bien des chocs et d’imprévus désastres,
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.

La gloire du soleil sur la mer violette,
La gloire des cités dans le soleil couchant,
Allumaient dans nos cœurs une ardeur inquiète
De plonger dans un ciel au reflet alléchant.

Les plus riches cités, les plus grands paysages,
Jamais ne contenaient l’attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.
Et toujours le désir nous rendait soucieux !

- La jouissance ajoute au désir de la force.
Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d’engrais,
Cependant que grossit et durcit ton écorce,
Tes branches veulent voir le soleil de plus près !

Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace
Que le cyprès ? - pourtant nous avons, avec soin,
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin !

Nous avons salué des idoles à trompe :
Des trônes constellés de joyaux lumineux ;
Des palais ouvragés dont la féerique pompe
Serait pour vos banquiers une rêve ruineux ;

Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse ;
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,
Et des jongleurs savants que le serpent caresse. ”

V

Et puis, et puis encore ?

VI

” Ô cerveaux enfantins !

Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l’avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l’échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l’immortel péché :

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s’adorant et s’aimant sans dégoût ;
L’homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l’esclave et ruisseau dans l’égout ;

Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;
La fête qu’assaisonne et parfume le sang ;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;

Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté ;

L’Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et folle, maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :
” Ô mon semblable, ô mon maître, je te maudis ! ”

Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l’opium immense !
- Tel est du globe entier l’éternel bulletin. ”

VII

Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :
Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !

Faut-il partir ? Rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s’il le faut. L’un court, et l’autre se tapit
Pour tromper l’ennemi vigilant et funeste,
Le Temps ! Il est, hélas ! Des coureurs sans répit,

Comme le Juif errant et comme les apôtres,
À qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,
Pour fuir ce rétiaire infâme ; il en est d’autres
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.

Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,
Nous pourrons espérer et crier : En avant !
De même qu’autrefois nous partions pour la Chine,
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,

Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
Avec le cœur joyeux d’un jeune passager.
Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,
Qui chantent : ” par ici ! Vous qui voulez manger

Le Lotus parfumé ! C’est ici qu’on vendange
Les fruits miraculeux dont votre cœur a faim ;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n’a jamais de fin ! ”

À l’accent familier nous devinons le spectre ;
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.
” Pour rafraîchir ton cœur nage vers ton Électre ! ”
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.

VIII

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! Levons l’ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !

Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe,
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !

Baudelaire, Les Fleurs du Mal, poème CXXVI

Ce n’est pas la fin du blog, j’ai encore plein de petits bilans que j’ai envie d’y mettre.

Passe de bonnes fêtes, cher lecteur et à bientôt !

Bon vent, le Bleu !

Bombay, le 22 décembre

Et bien c’est fini, on s’est séparé après 9 mois à suer ensemble (le Bleu ne sue pas, il surchauffe) sur les routes d’Europe et d’Asie. La séparation fut très pénible. Dans les trucs pas cool de mon voyage, l’expédition depuis Bombay arrive deuxième ex-æquo. Le déménagement était le pire. La course perpétuelle au visa arrive également second, c’était rarement chiant mais ça a duré tout le long du voyage avec toujours stress et soucis. En quatrième position arrive l’administration chinoise et ses chinoiseries. Et il n’y a pas de cinquième, tout le reste entre dans la case “cool” !

Je ne vais donc pas vous raconter dans le détail ma semaine passée à bosser sur cette expédition. Cela a impliqué des aller-retours quotidiens vers le port de JNPT (on prononce janapati) qui est à 60 km de Bombay, 2h30 de taxi, train, bus et rickshaw. A part mes 5 heures de transport quotidien, j’ai attendu, ici, là puis là-bas. Juste attendre. Heureusement, j’avais de la bonnes lectures. Cela a révélé les abimes d’incompréhension entre moi et mes agents qui n’ont jamais travaillé avec quelqu’un ne baignant pas depuis tout petit dans la logistique maritime et la culture indienne. Dur, dur, … Beaucoup de prises de bec et d’ennui. Quand nous sommes partis en scoot au port, je pensais que nous nous rendions à la Custom House de Fort Area, à 5 min du bureau. Et puis on est parti vers la banlieue, quitté la ville, traversé la baie, puis la triste ville nouvelle de Novi Mumbai, pour arriver dans la campagne. Et je ne savais toujours pas où on allait, mon passager se contentant de dire “straight, straight“. Ce n’est qu’à la vue des montagnes de container que j’ai compris. J’ai bien regretté de n’avoir pas choisi une solution clé en main en dépensant quelques dollars de plus.

Et puis hier soir, on a mis le bleu en boîte. Là encore, un grand moment d’incompréhension entre moi et les charpentiers. J’ai renoncé à leur faire retailler la boite pour économiser quelques mètre-cube qui sont à la base de toutes les charges. Personne n’ayant confiance ni ne voulant laisser l’autre amarrer la Vespa. Ma corde de 5 m a vite été épuisée et j’ai du passer la main aux indiens qui préfère la technique de la toile d’araignée pas vraiment tendue à ma technique de quelques points d’amarage dument souqués pour immobiliser le véhicule.

On verra… Ce n’est qu’un des nombreux dangers qui attendent ma vespa le mois prochain. Je ne suis même pas sur que la caisse de bois vite montée résistera au premier coup de trans-palette…

D’ailleurs si vous entendez que le porte-container Al Moutanabbi a été attaqué par des pirates au large des Seychelles, soyez gentil de prévenir rapidement le petit Nicolas pour qu’il envoie fissa les commandos de marine nettoyer tout ça, même si le nom du cargo et, comment dire, pas très… euh… Identité Nationale.

Bref, Le Bleu est parti pour Le Havre, le voyage est fini.

Fin de la transmission, je rends l’antenne, à vous les studios !

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PS : Et puis une dernière dédicace à Bubu qui me reproche depuis le départ de ne pas assez montrer ma trogne ( je profite aussi une dernière fois du narcissisme que permet l’usage d’un blog), voici une série d’autoportraits à la webcam

00-rodier 01-ferry 02-belgrade 03-Kars 04-Ispahan 05-Kashi 06-Gilgit 07-Delhi 08-Bhopal

Le grand éco-quartier de Bombay

J’ai visité le grand éco-quartier de Bombay. Les cœurs d’ilots sont sans voiture, il y a une très grande mixité fonctionnelle, l’industrie et les services côtoient l’habitat, on y trouve également une grande mixité sociale avec des revenus variant de 1 à 1 000. La densité y est également forte avec des constructions réalisés à base de matériaux de récupérations. Le quartier se spécialise dans la valorisation des déchets. Le problème des trajets domicile travail a été en grande partie résolue, nombreux sont ceux qui travaillent chez eux (ou qui dorment sur leur lieu de travail selon le point de vue).

J’ai visité Dharavi qui est le plus grand bidonville d’Asie et peut-être l’endroit le plus densément peuplé de la planète, dans un triangle de 1,7 km² coincé entre des voies de chemins de fer vivent plus d’un million de personne.

Imaginez la moitié de la population parisienne vivant dans le Marais. Ou encore, les populations de Toulouse, Nice et Nantes dans ce même 4eme arrondissement parisien de 1,7 km²… avec des constructions ne dépassant en général pas 3 niveaux (R+2) et en hébergeant activités et services pour toutes cette population.

Le quartier s’est développé à partir des années 30 sur un marais petit à petit drainé. Il est aussi célèbre en Asie que la cité de la joie de Calcutta; j’en ai d’abord entendu parlé dans un livre de Jeb Brugmann, Urban Revolution. L’auteur étudie et décrit longuement le quartier comme un modèle de la forme spontanée de la ville générée par la migration rurale. Le quartier a en effet été construit par et pour les migrants ruraux, sans qualifications, venus chercher une vie meilleure en ville, prêts aux pires conditions de vies et aux pires métiers pour pouvoir envoyer à leurs familles le plus d’argent possible.

Encore aujourd’hui, les hommes seuls forment la majorité de la population de Dharavi, ils sont nombreux à dormir dans les ateliers qui les emploient où a partager avec un autre un lit dans un dortoir qu’ils occupent successivement.

L’auteur montre comment ce point de départ du migrant est le début du parcours lui ouvrant d’immenses opportunités socio-économiques, inouïes dans sa campagne et comment il améliorera ses conditions matérielles tout en envoyant des subsides à sa famille, fera venir ensuite son frère ou son fils, puis sa famille si ses affaires vont bien, ayant trouvé dans ce quartier les réseaux et les moyens de sortir de la misère dans laquelle vit la grande majorité des paysans d’Uttar-Pradesh et du Bihar (les régions dont proviennent aujourd’hui majoritairement les migrants de Dharavi).

Pour l’auteur, la forme urbaine spontanée de Dharavi, sa compacité, la mixité fonctionnelle avec l’ensemble des chaines de valeurs présentes au sein du quartier est la plus efficace qui soit pour fournir aux migrants les opportunités de développement socio-économique qu’il recherche. L’auteur ne cache pas les conditions de vie effroyable du quartier mais s’intéresse peu aux mécanismes d’exploitation des migrants à leur arrivée ou à ceux qui restent sur le carreau…

J’ai visité le quartier avec un guide de l’ONG Reality Tours (oui, le nom fait peur au début, …). L’association a une politique stricte : no tip, no photo and no open shoes. Il faudra me croire sur parole et sans images. Après 3 mois en Inde, la densité ne saute pas aux yeux. C’est un de ces quartiers dont la vie déborde en permanence des maisons, que ce soient les enfants qui jouent, les adultes qui font leur toilette où toutes les activités industrielles qui se passent en partie dehors. Il y a quelques vrais rues mais à part c’est un lacis de passage qui sont souvent trop étroit pour marcher de face, les encorbellements se rejoignent presque et la lumière n’arrive que fortement tamisée au niveau du sol.

S’il y a des constructions en planche ou en tôle, la plupart sont en dur, briques et poutrelles métallique (mais ça reste du dur très léger – une rangée de brique…). Le bidonville est reconnu par la municipalité et les bâtiments sont raccordés à l’eau et l’électricité (mais il ne doit pas y avoir de consuel). La propriété des constructions est reconnu, le sol reste propriété de la municipalité.

Le quartier est à dominance musulmane mais il y a une grande diversité avec des hindous et des chrétiens. Depuis les émeutes de 93, les communautés qui vivaient entremêlés vivent séparés même si elles continuent de travailler côte à côte.

Le plus surprenant à Dharavi sont les activités plus industrielles qu’artisanale qu’on y trouve. Ce sont les activités traditionnelles des marginaux : ferrailleurs, chiffonniers, tanneurs et teinturier. Il y a aussi de la confection, de la poterie… Les chiffonniers du XXIe siècle travaillent le plastique qui est récupéré, concassé, lavé, fondu, concassé, lavé et revendu. Tous les déchets métalliques sont triés et refondus. Ces activité font appel à des produits chimiques, des broyeurs, des scies circulaires, des mini haut-fourneaux (ils sortent des lingots de métaux). Tous ces bons migrants ruraux travaillent pieds nus sans masque ni aucune tenue de protection. Et je te laisse imaginer, cher lecteur, le danger que peut représenter des fourneaux dispersés dans un quartier si densément peuplé où il n’est as question de faire entrer le moindre véhicule de pompier. Et puis il y a tous les enfants qui jouent entre les machines industrielles et les produits chimiques. C’est dément à voir, vraiment fou.

Et je n’insiste pas sur le bétail (de la basse-cou aux buffles) qui vit également là dedans, des décharges à ciel ouvert où les déchets s’empilent en montagnes auxquelles on met régulièrement le feu, au beau milieu des quartiers d’habitation. Il y a régulièrement des épidémies de choléra, de typhus. La malaria et la dengue sont endémiques.

Je repense aux descriptions du Faubourg Saint-Marcel à Paris par Eugéne Sue ou Mercier qui disait qu’il y a plus de richesses dans un appartement du faubourg Saint-Honoré que dans tout le faubourg Saint Marcel et Saint Marceau réunis (quartier des Gobelins aujourd’hui). Tout le quartier a été rasé à la fin du XIXéme siècle, trop de révoltes. A Dharavi aussi il y a une rivière qui coule (on est sur un ancien marais drainé). Le quartier y déverse ses eaux usés. Tanneurs et teinturiers également. C’est un cloaque infâme qui coule à travers des montagnes d’ordures. Je comprends qu’on ait couvert la Bièvre si c’est à cela qu’elle ressemblait.

Mais Dharavi n’est pas le pendant oriental des misères à la Dickens, nous sommes bien en 2009. Notre guide qui y a grandit travaille dans un centre d’appel dans le quartier. L’industrie du cuir (qui travailles les peaux brutes achetées aux abattoirs de Bombay) est la second centre du cuir d’Inde et travaille à 90% pour l’export. Il y a des show-rooms pour les clients italiens ou japonais dans le quartier. Les classes-moyennes ou supérieures qui émergent de cet industrieux quartier sont nombreux à y rester. On y trouve école, collège, hôpitaux,… Notre guide nous décrit des intérieurs en marbre d’importation au cœur du bidonville. Brugmann dans son livre raconte aussi comment il a été reçu par un patron de Dharavi dans un de ces intérieurs rococo. Les seules modifications apportées par la municipalité est la construction en périphérie de blocs d’immeubles où sont relogés les personnes qui habitaient précédemment à cet emplacement. Personne ne souhaite quitter cette ville dans la ville située au cœur de Bombay, très bien desservi. Sinon cela veut dire partit à Novi Mumbay, et je comprends que personne n’en ait envie.

Évidemment, Dharavi est chaudement convoité par tout ce que la ville compte de spéculateurs, et on s’y connait en spéculation à Bombay, le marché immobilier est un des plus chers d’Asie et le plus pourri par la spéculation et le blanchiment d’argent. Alors on serait en Chine, les bulldozers seraient passés depuis longtemps mais cela ne se passe pas ainsi en Inde. Le projet de transformation du bidonville en nouveau quartier chic que regrettait Brugmann en 2007 ne me semble pas avoir vu le début de réalisation.

Je comprends qu’il n’y a pas si longtemps, la seule réponse de pouvoirs publics éclairés face à ce genre de quartier était de tout raser au plus vite, de séparer l’industrie de l’habitation et de construire de belles cités en béton bien aérés.

Je comprends tout le discours de Brugmann sur la puissance de cette forme urbaine et ne le trouve pas insensible à la misère humaine. Il est vrai que malgré tout ce qui nous choque, les migrants trouvent ici des conditions de vie bien plus satisfaisante que ce qu’ils ont quitté et une qualité de vie telle que même fortune faite, ils y restent.

Une nouvelle foi, le pauvre occidental que je suis se retrouve dépourvu de faculté d’analyse ou de jugement face à ce qu’il découvre. Puis-je seulement dire que ce quartier est inacceptable ? Le détruire serait sans doute pire. Je suis perdu….

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Deux photos volées à travers les grilles du train, ce n’est pas à Dharavi mais ce sont bien des bidonvilles. Je les voyais tous les jours en allant au port. Les maisons ouvrent directement sur les voies de chemins de fer entre lesquelles jouent les enfants.